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Les vigiles du fleuve

2 août 2017

Nuit et jour, été comme hiver, pratiquement toutes les heures, de grands navires marchands passent au pied de votre condominium à Sillery. Peu importe le pavillon qu’ils battent, celui qui prend les décisions à bord des vaisseaux sur la voie maritime du Saint-Laurent est un pilote québécois.

En direction des Grands Lacs, les bateaux étrangers de plus de 35 mètres (115 pieds) et les navires canadiens de plus de 64 mètres (210 pieds) sont obligatoirement dirigés par un pilote qui monte à bord à la hauteur des Escoumins. Il est relevé à Québec par un collègue spécialisé dans le tronçon entre Québec et Montréal.

En vous promenant sur la terrasse Dufferin, vous aurez peut-être la chance de voir de vos yeux le changement de pilote, une manœuvre impressionnante et dangereuse qui, pour les néophytes, tient plus de la piraterie que de la navigation moderne.

Le temps étant de l’argent, les navires ne peuvent pas s’arrêter pour cueillir les pilotes. Une échelle de corde est donc déployée et une navette rapide est envoyée à ses côtés. Le pilote s’élance et gravit la coque. Une activité somme toute périlleuse, en particulier l’hiver ou quand la météo est mauvaise.

Un métier important, d’hier à aujourd’hui

Abraham Martin, qui a donné son nom aux célèbres plaines de la capitale, est le premier pilote «officiel» du Saint-Laurent. Il est nommé pilote royal en 1647. En 1696, le gouverneur Frontenac nomme Louis Jolliet professeur d’hydrographie. En effet, nul ne connaît mieux les courants et les profondeurs du cours d’eau que le découvreur du Mississippi. Dès l’arrivée des Anglais, le pilotage s’organise de plus en plus, et en 1860, la Corporation des pilotes du Havre de Québec et au-dessous voit le jour. Cette organisation est l’ancêtre de l’actuelle Corporation des pilotes du Bas-Saint-Laurent.

Un fleuve difficile à naviguer

Le Saint-Laurent est réputé comme étant l’un des endroits les plus difficiles à naviguer sur les sept mers. En raison de ses courants changeants constamment, de ses traîtres hauts-fonds et de ses innombrables îles et bancs de sable qui sont comme des mines pouvant endommager les navires, un spécialiste est nécessaire à la barre.

Évidemment, la technologie de navigation rend le travail beaucoup plus simple qu’avant, mais les bateaux sont plus imposants et leur maniement représente toujours un défi considérable pour les pilotes. Les vaisseaux sont maintenant tellement longs que la proue peut se trouver dans un courant différent de la poupe, d’où l’importance d’avoir à bord un pilote qui connaît le fleuve comme le fond de sa poche.

Le summum d’une carrière en mer

Du cœur de l’Amérique, où d’innombrables rivières se jettent dans les Grands Lacs, jusqu’à l’estuaire où il se confond avec la mer, le Saint-Laurent est le lien vital qui relie le continent avec le reste du monde. Sur ses eaux, des millions de tonnes de marchandises transitent sans anicroche chaque année, et les pilotes y sont pour quelque chose.

S’ils constituent une opportunité économique immense, ces navires représentent un risque loin d’être négligeable pour l’environnement. Un naufrage ou un déversement de la cargaison, en particulier des hydrocarbures, aurait des conséquences désastreuses pour la vallée du Saint-Laurent.

C’est pourquoi, dans l’univers de la navigation, le métier de pilote est bien souvent l’apothéose d’une longue carrière d’officier de marine. Il s’agit de spécialistes connaissant extrêmement bien leur tronçon de la voie maritime.